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| Pluie
et Vent sur Télumée Miracle de Simone Schwarz-Bart |
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Journal
de lecture: Pluie et vent sur Télumée Miracle - Simone
Schwarz-Bart
«[Elles
sont des femmes] talentueuses, de vraies négresses à deux cœurs,
et
qui ont décidé que la vie ne les ferait passer par quatre chemins. »
Souvent, quand on lit des textes antillais ou africains, on
a l’impression de lire des textes dans lesquels les femmes n’ont
pas de voix, pas de droits, même pas de recours à elles-mêmes. On
se dit qu’on lit un texte dans lequel les femmes n’existent que
pour s’occuper des hommes et des enfants. Pourtant, on peut voir
de plus en plus souvent dans la littérature antillaise et africaine
une tendance à donner aux femmes leur propre voix à elles. C’est
vrai que ces textes ne sont pas de véritables textes féministes,
et il y en a qui les trouvent décevants. Quand même, ce sont des
textes dans lesquels les femmes commencent à exister, même à vivre,
et on a enfin l’opportunité d’explorer ce qu’est la vie de la femme
noire à travers la littérature.
Pluie
et vent sur Télumée Miracle de Simone Schwarz-Bart est un de ces
textes dans lesquels les femmes peuvent trouver une voix. Quoique
ce texte ne soit pas tout à fait féministe, il possède quand même
des éléments qui démontrent un intérêt dans la vie de la femme guadeloupéenne.
L’héroïne, Télumée, vient d’une longue lignée de femmes qui « ont
décidé que la vie ne les ferait passer par quatre chemins» (p. 3).
Ce sont des femmes puissantes qui, en s’occupant de leurs hommes
et de leurs enfants, vivent leur vie en luttant contre un destin
malheureux. Pour tous les Noirs pendant cette période après l’esclavage,
la vie est remplie de désespoir, d’échec, et d’extrême pauvreté.
Néanmoins, ces femmes luttent contre le destin tout en continuant
avec leur vie. En fait, c’est en continuant le chemin de la vie
que ces femmes arrivent à vaincre le destin. Pour Télumée, cette
lutte a lieu en pèlerinage ; elle se déplace de l’Abandonnée
à Fond-Zombi, de Fond-Zombi à Belle-Feuille aller-retour, et finalement
de Fond-Zombi à La Ramée, tout ceci pour trouver sa place dans le
monde. Pendant ses voyages, elle lutte contre le destin en tant
que bonne petite-fille de Reine-Sans-Nom, lavandière chez les Desaragne,
femme d’Elie et d’Amboise et guérisseuse de son petit village sur
le morne. Comme ses parentes avant elle, Minerve, Reine Sans Nom,
Victoire, Télumée crée sa propre vie et la vit. Même si elle n’a
pas de véritable pouvoir dans le monde, au moins elle prend l’autorité
et la possession de sa propre vie.
Il est intéressant que les personnages féminins de ce texte, et
surtout Télumée, soient si indépendantes, étant donné le fait qu’elles
perpétuent elles-mêmes le sexisme de leur culture. Par exemple,
Victoire, la mère de Télumée, l’abandonne pour aller suivre
son amant. Reine Sans Nom, quoiqu’elle sache qu’Elie batte Télumée,
encourage sa petite fille à rester avec son mari et à supporter
la détresse. Même Télumée qui appartient à la nouvelle génération,
remarque qu’elle n’a pas trouvé sa vraie place de femme dans le
monde avant de se marier avec Elie et de devenir sa femme. La mentalité
de la culture est si engrainée dans ces femmes que, même avec leur
puissance, même dans leur lutte contre le destin, elles restent
irréparablement liées aux hommes.
Cependant,
j’apprécie ce paradoxe de la femme puissante et opprimée parce qu’il
démontre la nature complexe de la vie des femmes antillaises et
africaines. Quand on donne une voix aux femmes, il ne faut pas demander
que cette voix dise certaines choses. Il faut tout simplement laisser
cette voix dire ce qu’elle a à raconter. Voici ce que Simone Schwarz-Bart
démontre à travers les femmes de ce texte. Hathcock,
April
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| Pluie
et vent sur Télumée Miracle par Simone Schwarz-Bart
Télumée,
le protagoniste dans Pluie et vent sur Télumée Miracle, narre
sa vie, en même temps que celle de sa famille et de son peuple guadeloupéen.
Une paysanne née après l’abolition de l’esclavage, elle a été
élevée par sa grand-mère surnommé « Reine sans nom ».
Télumée a énormément souffert du racisme, de la violence conjugale,
de la pauvreté et de la mort de tous ces bien-aimés, et elle finit
par travailler dans les plantations de canne à sucre – l’ultime
dégradation pour les gens de couleur.
Malgré
ses immenses souffrances, Télumée n’oublie jamais les sages conseils
de sa grand-mère que « la façon dont le cœur de l'homme est
monté dans sa poitrine, c'est la façon dont il regarde la vie. Si
votre cœur est bien monté, vous voyez la vie comme on doit la voir,
avec la même humeur qu'un brave en équilibre sur une boule et qui
va tomber, mais il durera le plus longtemps possible, voilà »
(79-80).
Donc,
même si la vie est injuste, il faut après tout continuer. Le mal
a l’avantage sur le bonheur mais il faut le combattre. Télumée
est menacée par de multiples obstacles durant sa vie mais elle n’st
pas écrasée car elle croit aux paroles de sa grand-mère que «
si grand que soit le mal, l’homme doit se faire encore plus grand
» ( 82 ). Inlassablement, cette attitude face à la malchance
est inculquée tout au long du roman. « Reine sans Nom »
a gravé sa philosophie de résistance et de combat au fond de l’esprit
de la narratrice dès son enfance pour la préparer pour les peines
que la vie emmène sans exception. Selon la grand-mère, « derrière
une peine il y a une autre peine, la misère est une vague sans fin,
mais le cheval ne doit pas te conduire, c’est toi qui dois conduire
le cheval » (82). Il ne faut jamais renoncer à la poursuite
du bonheur – quoiqu’il vous arrive.
Jusqu’au dernier chapitre du roman dans sa vieillesse, Télumée résiste
non d’une manière passive mais combative. Au début du chapitre,
elle commence à méditer sur la signification de son existence qui
lui a été tellement cruelle et envahie de malchance et de déception.
Au début, elle semble renoncer aux opinions de « Reine sans
Nom » que « les biens de la terre restent à la terre,
et l’homme ne possède même pas la peau qui l’enveloppe. Tout ce
qu’il possède : les sentiments de son cœur… » (80) Elle
se retrouve seule, vieille dépouillée de tous ses bien-aimés au
seuil de sa misérable case recroquevillée sur son petit banc (247).
Elle déclare qu’elle est « trop vieille, bien trop vieille »
pour mettre sa « robe de combat » (247). Il semble
qu’elle abandonne son héritage et sa philosophie.
Cependant,
à la fin de ses réflexions intérieures, elle est satisfaite du chemin
que sa vie a pris. Elle est contente qu’elle a résisté aux malheurs
et s’est débattue. Elle est restée debout souriante, malgré les
pluies et les vents de l’adversité, comme le démontrent ses propres
paroles éblouissantes: « soleil levé, soleil couche,
les journées glissent et le sable que soulève la brise enlisera
ma barque, mais je mourrai là, comme je suis, debout, dans mon petit
jardin, quelle joie !… » (255).
Ortman,
Jessica
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